L' ANARCHISME DE DROITE , pour les cons.Introduction. Par J.MARTIN
-L’anarchisme de droite est une sensibilité philosophique et politique caractérisée par un refus d'adhérer à une société ou un système s'appuyant sur la démocratie parlementaire, les idées reçues en matière d'ordre social, et plus généralement toute forme d'autorité se réclamant d'eux.-
L'anarchiste est anarchiste en ceci qu'il s'oppose à l'Etat "bourgeois"
(=capitaliste) et à la confiscation de la voix du peuple par la
"démocratie" .
Francophonie national-anarchiste
Si
le terme « anarchiste de droite » fut à l’origine employé
péjorativement par la revue Les Temps Modernes en 1947, il
en est que la tradition anarcho-droitiste, même si elle est parfois loin de
nous convaincre, nous pousse à interroger le monde dans sa globalité à un point
que peu d’entre nous arrivent à atteindre. Il remet en cause l’ensemble de la
société, mais ce avec une formidable précision que l’on retrouve dans le style
incisif de ses auteurs. L’anarchisme de droite n’est donc pas une idéologie,
avec un corpus précis, mais bien un ensemble de principes (comme le montrent
les parcours et œuvres de Micberth et Bukowski) qui guident une vie. Mais même
sans suivre ses principes de façon parfaite- ce qui à titre personnel ne nous
semble pas désirable – nous pouvons en accepter l’aspect méthodologique et le
faire notre afin d’interroger, comprendre, et peut-être changer le monde qui
nous entoure. L’anarchisme de droite est donc un appel à la réflexion, qui est
le seul moyen d’échapper en réalité à la barbarie.
Dans son ouvrage sur les anarchistes de droite en France,
François Richard répertorie trois tendances dans la pensée anarchiste.
L’anarchisme brut de Max Stirner (1806-1856), penseur allemand qui rejette
globalement les données humanistes traditionnellement admises et met en valeur
un individualisme excessif. Un anarchisme de gauche hérité de la philosophie
des « Lumières », qui vise à l’émancipation des peuples et à l’exercice
du pouvoir politique par tous au prix d’actions violentes et radicales
(Proudhon, Bakounine, Kropotkine), et enfin un anarchisme de droite ou
aristocratisme libertaire, fondé sur une critique (ou un rejet) de la
démocratie, un refus du postulat égalitaire de 1789, un devoir de révolte, une
haine des intellectuels et une défense farouche des libertés individuelles
(Richard 56). Très bien représenté dans la littérature française, de Gobineau à
Marcel Aymé en passant par Léautaud, Céline, Bernanos ou Anouilh, l’anarchisme
de droite plongerait-il également ses racines dans une tradition purement
américaine d’anti-étatisme, d’individualisme extrême et de défense farouche des
libertés individuelles ? C’est en tout cas ce que semble soutenir David De
Leon dans The American as Anarchist, ouvrage dans lequel il
étudie les différentes formes de radicalisme aux États-Unis, et conclut à
l’existence d’un courant anarchiste de droite et d’un courant anarchiste de
gauche aux États-Unis. Nous chercherons pour notre part à montrer que l’anarchisme
de droite est peut-être l’une des clés permettant de mieux comprendre, voire de
tenter de classer l’inclassable Mencken, sans pour autant réduire ni figer sa
pensée. En choisissant cet angle d’attaque on sera alors amené à examiner
successivement sa défense de l’individualisme et des libertés, notamment la
liberté d’expression, sa critique de la démocratie en général et plus
particulièrement aux États-Unis, son apologie de l’individualisme et opposition
à l’état. Je tenterai enfin d’évaluer ses idées à la lumière de la tradition
libertaire américaine.
Nous
laisserons le mot de la fin à Georges Bernanos, qui pour une fois n’est pas si
pessimiste que ça dans la mesure où il montre la supériorité du savoir sur la
violence :
« Vous n’aurez pas raison des imbéciles par le fer ou par le feu. Car je
répète qu’ils n’ont rien inventé ni le fer ni le feu ni les gaz, mais ils
utilisent parfaitement tout ce qui les dispense du seul effort dont ils sont
réellement incapables, celui de penser par eux-mêmes. Ils aimeront mieux tuer
que penser, voilà le malheur. »
ANARCHISTE DE DROITE !
L’expression
sonne comme une insulte. Ou comme un compliment, c’est selon. Ça sent le
souffre, la pédanterie bon marché, le mépris revendiqué. L’anarchisme de droite
n’est pas une école de pensée. C’est une famille recomposée. Introuvable voire
impossible. C’est que cet anar là est d’autant plus difficile à
reconnaître qu’il ne se définit habituellement pas comme tel. Anarchiste ? Il se moque de tout, à
commencer par lui-même. Tâte plus du salon feutré que le pavé. De droite ? Rien ne l’agace autant que
les snobs, le matérialisme et les bourgeois. Le confort n’est pas sa
quête. L’anarchiste de droite n’occupe pas une position facile. Les uns
lui reprochent d’être plus de droite qu’anarchiste ; les autres d’être
plus anarchiste que de droite. Dans le fond, lui-même ne sait pas trop où il se
situe. Les inquisiteurs perdent patience à les placer, ignorent
comment les étiqueter; il faut reconnaitre que ces lurons déconcertent. Ils ne
cherchent pas tant que ça à se faire remarquer ; se
« distinguer » leur suffit. Si vous en suspectez un, ne le
catégorisez jamais ainsi il se mettrait en colère, se considérerait marqué
comme du bétail. Méfiant envers l’engagement, les slogans, les drapeaux, il
aurait l’impression de s’enrôler dans un parti. Toute les étiquettes lui
sont suspectes.
Devant la
question: pourquoi suis-je anarchiste de droite ? La tentation est grande de
s’évader dans l’anecdote, de sortir sa carte de crédit ou son colt, ou de se
situer « à mi-chemin entre l’extrême droite et l’extrême gauche mais
derrière l’hémicycle et en tournant le dos au Président. ».. On
appartient à l’anarchisme de droite essentiellement par tempérament, qui désigne davantage une sensibilité qu’un
véritable corpus philosophique. Ces hommes libres ont peu de goût pour les
sentiers tracés, ont rapidement pris coutume de théoriser par eux-mêmes, en
zigzag, quitte à y perdre en route un peu de sang et d’amitiés.
Les
anarchistes de droite se sont donnés pour mission de trancher le col des
convenances. Alliant la verve, le style, et la provocation ils ne se
célèbrent pas dans un anticonformisme de façade ; ils ne cessent
d’analyser, de moquer ou de dialectiser des phénomènes grotesques, qui à
force de nous noyer, ont fini par apparaître souhaitables au plus grand nombre.
Armés d’un subtil cocktail de cynisme, de perfidie et d’élégance, ils
dégomment les démagogies.
Chacun,
dans son art, a su s’affranchir des carcans, des mirages et des conservatismes
pour transcender sa vérité. Cette chasse à la
connerie doit malheureusement parfois cheminer à travers les
invectives et outrances pour toucher son objet sans artifice. De façon parfois
impatiente, polémique, et souvent forcenée. Qu’il en soit ainsi… Un certain
ton, une violence, une intransigeance, une franchise, une hauteur, une
exigence, autant d’indices à recueillir pour saisir les contours de cette
appellation.
De Céline
à Houellebecq, en passant par Gabin, Aymé, Bernanos, MicBerth, Nimier, Lévi
Strauss, Audiard, Muray, Déon, Ariès, Léautaud, Anouilh, Desproges,
Audiard et autres trublions… Étrange et obscure recomposition familiale. Tous
sont des représentants de ce qu’il y a de meilleur dans l’orgueil humain. Il
serait néanmoins parfaitement illusoire de les considérer comme les défenseurs
interchangeables d’une même cause. Opposés de par leurs activités,
tempéraments, époques, réussites ; ces individus partagent néanmoins un
certain lot de ressemblances, qu’on pourrait aisément qualifier de
résistance. À l’ennui, à la bêtise, ou à la veulerie des temps..
–> L’anarchisme
est l’un de ces courants politiques sur lesquels plus on lit, moins on en sait.
Quelle que soit l’approche, chaque livre allonge la liste des complexités, des
nuances et des diversités internes. Cela ne facilite vraiment pas la tâche,
surtout quand il convient d’être synthétique. Convenons-en d’entrée, il n’existe pas d’esthétique de l’anarchisme de droite unifiée, identifiée et
uniforme ; mais de profondes ressemblances et un parfum de saine
ivresse que cet article propose modestement de synthétiser.
Les thuriféraires de la pensée dominante auront tout le loisir
de taxer ce mouvement d’hérétique et de barbare, prétendre qu’il est une
absurdité sémantique, invoquer un combat rouge-brun d’arrière garde. L’anathème
reste souvent le seul argumentaire et il parait donc logique que la dimension
métaphysique de l’œuvre ait été complètement occultée. Hélas, il n’y a pas
de rédemption ici-bas ! Juste la compilation d’individus, plus ou moins
artistes, plus ou moins sérieux, qui ont dédié leur art à la recherche d’une
certaine idée de la liberté. Ne cherchez ici aucune réponse aux maux dénoncés,
aucune doctrine, aucun théorème figé. Il y a dans ce flot de constatations
un parfum de déchéance et de brio qui peut plaire. Incontestablement cela
flatte quelque chose en nous. Le simple fait de voir ses craintes justifiées
vous offrira peut-être au moins la satisfaction d’avoir vu la débâcle arriver.
Le mauvais esprit est dit-on à la mode, profitons-en, ces pourfendeurs de
consensus ont un public qu’on espère toujours plus nombreux. Ils sont souvent
applaudis des deux bords, en viennent souvent; ça pourrait être troublant.
HISTORIQUE
L’anarchisme
est né, sous sa forme moderne, à la fin du XIXe siècle. D’où vient ce mot
entaché du sens traditionnel de désordre ? Le terme grec « Anarkhia » signifie absence de chef.
L’anarchisme est né au XIXe siècle. Trop souvent confondu par
les politologues avec les théories révolutionnaires de Proudhon et de
Bakounine, ou réduit à travers l’imagerie populaire à sa plus simple
définition, à son folklore et à sa violence. « Anarchiste »
c’est l’observateur qui voit ce qu’il voit et non ce qu’il est d’usage que l’on
voie.
Ce refus de toute autorité instituée, que l’on peut considérer
comme une apothéose libertaire, a de nombreux antécédents politiques et
philosophiques. Elle trouve son expression réelle il y a environ un siècle,
quand les fondements de la civilisation industrielle apparaissaient établis, au
moment où l’ordre du monde occidental semblait définitivement scellé par le
goût du profit, les impératifs économiques et le sens de l’efficacité marchande
; tout ce que les financiers et les politiques de l’époque baptisent alors de «
progrès » et que les anarchistes de toutes tendances refusent violemment au nom
des droits, des devoirs et du devenir de l’homme. Il y a plusieurs
variétés d’anarchistes mais toutes ont un trait commun qui les sépare de toutes
les autres variétés humaines. Ce point commun, c’est la négation du principe
d’autorité dans l’organisation sociale et la haine de toutes les contraintes
qui procèdent des institutions basées sur ce principe. Ainsi, quiconque nie
l’autorité et la combat est anarchiste. Contrairement à ce que l’on croit
communément, l’anarchisme n’est pas un mouvement d’opposition
univoque. Il convient donc de délimiter d’entrée la triple variété
recensée ; susceptible, à n’en pas douter, d’être grandement
contestée :
– Un anarchisme de gauche, issu de la pensée progressiste
du XIXe siècle, qui joua un rôle important dans tous les mouvements
d’émancipation des peuples et qui survit actuellement dans des groupes
libertaires et des communautés autogestionnaires ;
– Un anarchisme brut, qui ne se réfère à aucune
idéologie, et qui prône la liberté absolue et le rejet de tout pouvoir quel
qu’il soit – dont l’un des maîtres fut Max Stirner – et que l’on assimile à un
individualisme excessif;
– Et enfin un anarchisme de droite qui a selon F.Richard des
sources dans le courant baroque et dans la philosophie
libertine et qui développe depuis plus d’un siècle, en littérature et
ailleurs, des thèmes aristocratistes et libertaires.
Cette tentative de synthèse entre
un anarchisme foncier, coulé dans l’alchimie littéraire, et des exigences
intellectuelles, morales et politiques intransigeantes, a souvent été jugée
paradoxale, sinon suspecte par la critique : fascistes, totalitaires,
individualistes, cyniques, polémistes enragés… L’anarchisme de droite
s’est ainsi très habilement trouvé réduit à son aspect réactif et à sa seule
historicité antidémocratique. C’est en tenant compte des affinités qui existent
entre les mouvements baroques, libertins et l’anarcho-droitisme contemporain
que l’on peut tenter de donner une définition précise de l’anarchisme de
droite; selon François Richard il s’agit d’une révolte individuelle, au nom de principes aristocratiques, qui
peut aller jusqu’au refus de toute autorité instituée.
Comme l’écrit Gomez Davila, « L’histoire nous indique
qu’il existe 2 types d’anarchie: celle qui émane d’une multiplicité de forces
et celle qui dérive d’une multiplicité de faiblesses. » L’anar de
gauche rêve d’autogestion, même s’il la craint beaucoup. L’anar de droite
soupire après une race de seigneurs, même si elle lui paraît sinon utopique, du
moins derrière lui. Le premier généralise, le second restreint.
D’après Julius Evola, l’anarchiste de droite « se
différencie des autres parcequ’il ne nie pas pour nier, mais parce qu’il a le
sens de valeurs qui ne sont en rien incorporées à l’ordre existant, parcequ’il
repousse le monde bourgeois, parce qu’il aspire à une liberté supérieure qui
n’est pas séparée d’une discipline rigoureuse ».
Sans doute pourrait on gloser sur le raccourcissement opéré par
beaucoup des membres du clan qui préfèrent se dire « anar ». Le flou
culturel, le souffre qui mijote autour de la seule évocation de cette
famille, la difficulté à en assumer l’appartenance provient moins de l’aspect
difficilement saisissable d’une théorie, que du discrédit et de l’occultation
dont il a longtemps souffert dans le monde des idées. Profitons-en pour en
dévoiler les fondations.
DE DROITE
À la différence des droites politiques, les droites
extra-politiques ne se basent pas sur un corpus idéologique précis mais sur des
fraternités d’impressions et de sensations et se caractérisent d’abord par ce
qu’elles pourraient ressentir devant un coucher de soleil, ce qu’elles
éprouvent devant le mensonge, la saison dans laquelle elles aiment le mieux
vivre, leurs écrivains préférés, leur allures plutôt que par leurs opinions à
propos de questions politiques comme celles de la mondialisation, de la
souveraineté, de la libre-entreprise, des services publics. Ainsi, les
frontières entre droites extra-politiques sont poreuses : elles se rencontrent,
se superposent, se multiplient.
L’anarchisme de gauche possède avec l’anarchisme de droite
« un solide lot d’exécrations communes »: l’armée, la magistrature,
l’Église, les « honnêtes gens », la modernité, la politique
politicienne, le snobisme, les « gros » en général. Les uns et les
autres ont tendance à adopter le point de vue, sinon à prendre la défense, du
« lampiste ». La langue du populo devient une arme politique parmi d’autres.
L’anar de droite parle volontiers du petit, aime à en traiter, mais en haine du
gros et en mépris de l’inférieur.
« C’est la gauche qui m’a rendu de droite » (Audiard).
Les distinctions gauche-droite sont essentielles dans la prévalence accordée
aux devoirs par rapport aux droits, la façon d’appréhender les hommes et les
choses. L’anarchiste de droite, c’est quelqu’un à qui on ne la fait pas.
La façade ne l’impressionne pas car il connaît les coulisses. Anarchiste, il se
défie du pouvoir en tant que tel. Comme l’écrit Jacques Laurent « le
pouvoir est méprisable, non parce qu’il est bas en lui-même mais parce qu’il
est bas de le vénérer ». Notre anar est particulièrement mû par la
volonté de liquider les idéaux égalitaires de 1789. «On n’a quand même pas pris
la Bastille pour en faire un opéra» J.Yanne.
L’anar de droite déteste tout ce qui finit en
« isme », à part peut-être l’individualisme.Il n’aime pas les
étiquettes, mais est surtout mécontent de celles qu’on lui applique, facho,
réac, cynique, nihiliste.. Le fait est que sa liberté de pensée a tendance à
l’ostraciser, quitte à être classé, il finit souvent du coté de l’extrême
droite, ce qui le ferait hurler, ou marrer; c’est selon.
Certains anars de droite se révèlent être d’anciens de gauche,
fatigués de gueuler dans le désert. On y soupire une race de seigneurs
imaginaires. D’un coté on tente collectivement d’incarner des idées, de
l’autre on s’efforce individuellement de vivre toutes ses virtualités.« La
grandeur de la gauche, commente San Antonio, c’est de vouloir sauver les
médiocres. Sa faiblesse, c’est qu’il y en a trop ! »
Il a ses marottes; Le matérialisme vautré de notre époque, la
technocratie, le snobisme, l’attention au collectif, l’affirmation d’une
égalité, l’exaltation de notre sempiternelle perfectibilité. Ils aiment à
tirer sur tout ce qui bouge, tout ce qui se costume en
« avant-garde », esthétique, intellectuelle, politique. Le moderne
quoi. Mal à l’aise dans son époque, il y flotte comme elle l’exige, même
si elle est de moins en moins conforme à l’idée qu’il s’en fait. L’invention le
déroute, elle le déjoue.
S’il est une notion qui lui est étrangère c’est celle de
société, un de ces noms qui vous obligerait à croire au collectif. Compassion
et empathie sont moqués. L’humanité figurerait plus volontiers dans son
vocabulaire. Même si elle apparaît souvent pauvre, sinistre et sordide. Le
capitalisme n’est pas dénoncé en lui-même, mais il est coutume d’afficher telle
volonté de bouffer du bourgeois, de casser du ploutocrate. Au fond, ils
reprochent à la bourgeoisie de ne pas se comporter en aristocrates.
Au fond, ce n’est ni le social, ni l’économique qui rapprochent
une certaine droite intellectuelle de l’anarchisme, mais la morale, une
conception exigeante de l’homme, de sa dignité, de son honneur. Ils aiment
lire le monde comme un gigantesque théâtre de marionnettes mis en branle par
des forces immaitrisables et à n’accepter pour seul projet esthétique possible que
le dévoilement à l’encre sympathique des fils invisibles qui soutiennent ces
marionnettes.
On pourrait s’offusquer de l’acception contemporaine qu’on en
fait. L’expression flirte avec le fourre-tout : vanter un pouvoir fort par
exemple ressort plus souvent d’un droitard libertaire que d’un « anar de
droite ». De sorte qu’user du terme « anar » semble commode à
certains pour se dédouaner d’être de droite auprès des « de gauche »,
et l’adjonction « de droite » permet d’atténuer le vocable
« anar » auprès des « de droite », le tout cachant trop mal
l’hypocrisie de ceux qui s’en réclament en se donnant des airs.
Deux articles du credo de gauche cristallisent le combat ;
ce qui ressemble de près ou de loin à du progressisme, ce qui traite de près ou
de loin à la démocratie.
LE REJET DE LA DEMOCRATIE
« En fait le nombre n’est rien, mais personne n’a le droit de
le dire » (Anouilh).
Non seulement ils ne reconnaissent pas la prééminence du nombre,
mais en plus ils considèrent la dimension collective comme néfaste à l’homme.
Toute cette comptabilité conduit à un nivellement intellectuel et moral qui met
en danger les capacités créatrices et la singularité. Le pouvoir
démocratique est décrite comme une oligarchie de fait, qui a engendré un
processus d’instabilité permanente, de matérialisme équivoque et de
clientélisme dégradant.
La république étant « la surhumaine oligarchie des inconscients et le droit divin
de la médiocrité absolue » (Léon Bloy). D’où le dégout
face à « la division de
l’Humanité en deux fractions à peu près égales : les bourreaux et les
victimes »(Darien), et à l’égard de tout ce qui est foule, brassage
indifférencié, mouvement de masses, prédominance quantitative. Il faudrait
troquer le goût de la quantité par la qualité.
« Les
lèchements de pieds, universels ou restreints sont destinés à tromper le peuple
et à lui faire croire qu’il est souverain, comme cela se dit quelquefois au
dessous de la devise Liberté Egalité Fraternité que j’interpréterai moi Vanité,
Hérédité, Fatalité ! Il paraît que le peuple n’est pas dupe de cette
comédie, encore qu’il la réclame et qu’il ait fait pour l’obtenir une
révolution formidable» (Daudet).
La liberté leur apparaît toujours individuelle, elle se choisit,
se prend, se mérite. L’égalité est foncièrement injuste et stérile, elle nuit à
la diversité. La fraternité servirait quand à elle d’alibi moral à la rudesse
et à l’efficacité bourgeoise. L’égalité peut accoucher de la médiocrité, la
fraternité d’un étouffant collectivisme, et la liberté du narcissisme
généralisé.
« La
démocratie donne aux cons le pouvoir d’étouffer les intelligences ; c’est
d’autant plus atroce que l’intelligence ne choisit pas son milieu social pour
naître, les prolos donnent autant d’enfants rusés que les profiteurs » (MicBerth)
L’opposition
politique
Sous la bénédiction démocratique on peut tout prétendre, tout
entreprendre, tout exiger, sans se référer à la moindre transcendance morale ou
religieuse ; et sans que cela nous engage aussi peu que ce soit, puisque
de la Déclaration des Droits de l’Homme est né un homme abstrait, théoriquement
pourvu de tous les droits, mais en réalité livré pieds et points liés à
l’Etat. Nos anars n’ont de cesse d’alerter sur la différence éclatante
entre les idéaux proclamés et les réalités existantes.
Le suffrage universel est décrit comme « l’élection du père
de famille par les enfants », et comme l’abandon au néant de la conscience
collective. La démocratie républicaine n’apparaît pas seulement illégitime,
instable et corrompue ; ils la jugent aussi inefficace et vouée à
l’impuissance.
« Depuis
50 ans, sous les noms de progressistes, d’opportunistes, de libéraux, de
démocrates, de patriotes ou de nationaux, derrière les chefs les plus divers,
on vous a vu perdre sur tous les tableaux, rater misérablement toutes les entreprises » (Bernanos)
L’universalisme
est un leurre
La messe du « pire des systèmes à l’exclusion de tous les
autres » n’est pas dite. Ces anarchistes rejettent avec la même violence
l’aspect messianique de la démocratie. Cette tendance à l’universalisation
agissante des principes Liberté Egalité Fraternité, aujourd’hui fort éloignée
de sa genèse antique. La démocratie ne prend en réalité cette signification
moderne que sous le sceaux de la déclaration des droits de l’Homme. La
nouveauté des penseurs du XVIII ème (Condorcet, Rousseau…) était d’avoir
annoncé l’ère d’une libération généralisée de l’homme apparaître. Ce nouveau
moralisme laïc sert de caution intellectuelle et morale aux appétits les plus
incontrôlés. Cette volonté d’imposer un Ordre Moral apparait comme une
tentative unique dans l’histoire de s’assurer une emprise idéologique.
«Les progrès de l’école et de l’éducation à partir du XVIème
sont interprétés comme les étapes d’une acculturation, comme la mise au pas
d’une culture sauvage par une culture raisonnable et morale» (Phillippe Ariès)
Ces valeurs sont aux antipodes de leur univers moral et
politique. C’est pourquoi ils ont tous entrepris un combat virulent, non
seulement contre la démocratie elle-même, mais aussi contre toutes les
orientations culturelles de notre société car elles coupent la France et même
l’occident de ses véritables racines, de son inaliénable identité, et elles
laissent présager l’arasement de toutes les individualités et la consécration
d’une homogénéisation.
INCARNATIONS
Comme toute idéologie d’envergure, l’anarchisme de droite a ses
héros. Véritables figures tutélaires, les représentations se sont muées en
incarnations. On a souvent reproché à certains d’être devenus plus des
personnalités que des acteurs ou des écrivains ; d’écraser, une fois
installés, leurs rôles sous leur interprétation. A force d’incarner ces
personnages marginaux en constante opposition; on s’étonnera de remarquer qu’il
n’y a bien souvent plus de frontières entre l’homme, l’oeuvre, l’auteur et
l’interprète, le modèle et son image.
Tout
seul ?
« C’est un garçon sans importance collective, c’est tout
juste un individu » écrit Céline dans L’Église et réitère 12 ans
plus tard dans l’incipit de Mort à Crédit : « Nous voici
encore seuls ».
Plus qu’une solitude subie, le comportement de l’anarchiste de
droite impose l’idée d’une solitude choisie. C’est moins un homme seul qu’un
solitaire. N’attend rien de la société et des institutions. Il n’est
d’aucune tribu ni d’aucune communauté. Seul contre tous, mais fier de
l’être, il est un loup parmi les hyènes.
Jean Anouilh dans Les Poisson
rouges explose :« Est-ce qu’on ne peut pas
lui foutre la paix, à l’homme et le laisser se débrouiller tout seul ? Il
en crève, d’assurances sociales, votre homme. Il n’ose même plus faire un pet
s’il n’est pas certain qu’il sera remboursé ! Il s’étiole à force d’être
assuré de tout et perd sa vraie force – qui était immense ! C’était un des
animaux les plus redoutables de la création. »
C’est dans le film policier à la française des années 70 que
s’épanouit le plus cette figure du grand fauve trahi puis traqué par la société
anonyme des imbéciles et des salauds. La scène d’entrée la plus familière
serait une sortie de prison et le visage d’Alain Delon nous faisant comprendre
que la vraie souricière est de ce côté-ci des murs. Les films de Jean-Pierre
Melville (Le Samouraï, Le Cercle rouge), de José Giovanni (Dernier
domicile connu) et bien sûr de Georges Lautner sur des dialogues de
Michel Audiard en constituent l’archétype.
Tous
des cons ?
La dénonciation du con fait souvent figure de fond de commerce.
A le lire, ou l’écouter on y découvre les nuances, les grains, les
applications. Ses différentes qualités se reconnaissent aux proportions
variables des trois composantes caractéristiques : la médiocrité, la
couardise et la malveillance.
« Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les
reconnaît ». Gabin disait quant à lui : « Moi, je divise
l’humanité entre les cons et les pas cons. Tout le reste, c’est de la littérature ».
Dans le genre métamorphose des cloportes, la scène la plus typique est sans
doute dans La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara. Gabin y
insulte deux bistrots quinquagénaires qui exploitent une jeune fille juive dans
le Paris occupé.
QUËTE INDIVIDUELLE D’ABSOLU
Une
Révolte personnelle
La seule forme d’anarchie que ces hommes tolèrent c’est celle qui leur est
personnelle. L’acte individuel de résistance apparaît de l’ordre de la légitime
défense. La diffamation, et l’ostracisme culturel dans lequel ils furent
parfois tenté d’être enfermés sont les armes les plus couramment utilisées par
l’adversaire. Il faut reconnaître que beaucoup se sont ostracisé d’eux mêmes.
Sans compter qu’il ne s’agit parfois que d’une posture.
« L’attitude
naturelle de l’esprit est une attitude de rébellion… J’en appelle à l’Esprit de
révolte, non par une haine irréfléchie, aveugle, contre le conformisme mais
parce que j’aime encore mieux voir le monde risquer son âme que la renier» (Bernanos).
A l’heure où tout est théoriquement permis, mais où rien n’est
plus pratiquement possible, La « révolution » qu’ils appellent
parfois de leurs vœux, est un horizon d’utopie, une tentation à laquelle ils ne
succombent que momentanément, lorsque leur lucidité cède le pas à l’exaltation littéraire ;
en réalité cette révolte se doit avant tout d’être intérieure.
Beaucoup plus qu’une lutte inspirée de motifs politiques, il
s’agirait d’une rébellion instinctive et esthétique contre la platitude et la
banalité des esprits, du réflexe à la fois anarchique et aristocratique
d’hommes menacés dans leur autonomie de pensée, méfiants à l’endroit des
entrainements de foule.
On comprend aisément face à cette
révolte que l’un des soucis majeurs de ces anars de droite a toujours été de se
démarquer de la morale commune, mais aussi de toute tentative de récupération
idéologique, au risque de devenir à jamais des écrivains maudits, bourreaux des
autres et d’eux mêmes, non par une quelconque perversion de la pensée, mais par
goût de la vérité, dite, écrite et recherchée jusqu’à l’excès. « Tout homme vaillant doit être un persécuteur, de lui même,
du genre humain, et de Dieu. » (Bloy)
Ce souci de la quête d’une autre vérité les isole dramatiquement
de la communauté humaine, d’autant qu’ils n’hésitent pas à se critiquer, entre
hommes de même famille de pensée. La révolte anarcho-droitiste ne se limite pas
aux domaines intellectuels, politiques, et moraux ; elle est plus globale
et plus profonde, enracinée dans une nature d’homme particulière, violente et
exigeante.
Un
moi au dessus de tout
L’homme ne peut pas s’en remettre aux grandes abstractions
humanitaires et aux grands slogans collectifs ; il doit se fier à ses
seules qualités, à sa propre capacité d’appréhender. Il convient donc, en toute
occasion de garder un esprit critique, non pas en référence à une doctrine
extérieure, à des principes admis ou imposés, mais en fonction de ses convictions
personnelles.
« La
vraie liberté individuelle commence là où la société cesse de prétendre à un
but moral ou religieux… quand on cesse de m’aveugler avec du devenir, je vois
mon infini » (Pauwels)
Le moi anarchiste de droite est pour la majorité inutilisable,
parce que trop violent, trop excessif et surtout trop lucide. Le moi y apparaît
constamment comme une préférence instinctive et culturelle, l’origine et le
garant de toute spécificité humaine.
Cette exigence qui les pousse à s’exposer aux rudesses de
l’histoire, sans y laisser leur âme, et leur intelligence, renforce leur
singularité et les isole encore davantage du monde qui les entoure ; car
leur refus du pouvoir en place, leur rejet des idéaux progressistes
majoritaires, leur dédain à l’égard des mouvements politiques, de quelque
obédience qu’ils soient, créent autour d’eux un véritable désert d’hostilité,
de peur ou d’incompréhension qui se traduit le plus souvent en réalité par une
conspiration du silence à leur endroit.
Comme on ne parvient pas à les situer ni à les définir avec
précision, on les ignore officiellement ou on les présente comme des
personnages sulfureux. L’extrémisme est une notion, une nuance idéologisée,
théorisée dans le souci de marginaliser. Elle évolue au fil du temps, selon les
impératifs politiques. Il faut donc la relativiser, ne s’interdire aucune
pensée.
Le divorce est donc total, la solitude des anarchistes de droite
entière, la réprobation à leur égard quasi universelle. Quelque part tant
mieux. « Il n’y a de pensée que s’il y a du défi » (Pauwels)
L’anarcho- droitiste enracine sa révolte et sa critique sociale
dans une liberté intérieure intransigeante, qui est fidélité à la nature
profonde et authentique de l’individu. Cette radicalité est souvent source de
solitude, qui pousse à affirmer un honneur ombrageux.
L ARISTOCRATISME
Ce «Moi au-dessus de tout» fonde l’aristocratisme
anarcho-droitiste. En effet, cette survalorisation du Moi n’engendre pas un
individualisme démocratique ni une sensibilité romantique, mais bien un
aristocratisme intransigeant, moral plutôt que social. Les anarchistes de
droite se sont donnés pour mission de trancher le col des convenances, de
claquer la cervelle des bien pensants en leur secouant sous le nez leurs
extravagances et leur savoir vivre soufré de seigneurs empanachés
d’outrecuidance, de froideur et de morgue aristocratiques.
L’aristocratisme proclame vouloir privilégier les devoirs sur
les droits. Il cultive une intraitable nostalgie du passé, décanté. Cet
aristocratisme est donc un traditionalisme, qui reconnaît la nécessité pour
tout homme de qualité de se rattacher à une longue tradition supérieure,
culturelle et politique. L’humanité irait, dans le mouvement d’une dialectique
irréversible, vers l’indifférenciation des valeurs et des caractères, vers
l’uniformisation. Ce qu’ils ne manquent pas de dénoncer.
Si les anarchistes de droite attaquent avec la plus extrême
vigueur les hommes de pouvoir, d’argent et les autorités instituées, ils
n’éprouvent pas plus de compassion pour les gens qui s’installent dans la
soumission et le malheur. Ils jugent extrêmement négative l’attitude de ceux
qui embellissent, par esthétisme et sentimentalisme, les
« misérables ».
L’homme ne pourrait se réaliser
intellectuellement et moralement que si on le met en face, même violemment de
la vérité. Responsabiliser les êtres, ce n’est pas se contenter d’inculper
perpétuellement les puissants, c’est voir et dénoncer la laideur, la médiocrité,
la paresse, la lâcheté partout où elles se trouvent, sans aucune concession, et
en espérant, de tous ceux qui en sont les artisans et les victimes, des
sursauts salutaires et non un avachissement ou d’inutiles convulsions. « La religion de l’égalité absolue est comme toutes les
religions absolutistes, elle rend fou » Pauwels
Tout cela ne signifie pas qu’à l’égalitarisme démocratique doive
succéder un élitisme tout aussi absolu, forcené, mais ils reconnaissent que les
options reconnues aujourd’hui comme fondatrices d’une morale universelles sont
néfastes et erronées.
C’est dans la passivité ou dans l’emballement inconsidéré, qu’on
permet non seulement les guerres et les phénomènes totalitaires mais aussi
toutes les formes de conditionnement que nous connaissons bien, politiques,
commerciales, humanitaires et socioculturelles. Par conditionnement comprendre
manipulation, non complot.
Le film Les
Visiteurs est l’actualisation de cette analyse d’aristocrate tombé de
cheval que résume Jean Anouilh dans Pauvre Bitos (1958) : « On n’a jamais fait tant fortune que du jour où on s’est mis
à s’occuper du peuple ».
Pourquoi ne pas dire clairement que toutes les actions
d’envergure qui ont tissé la trame de l’Histoire ont été inspirées, mises sur
pied et réalisées par des minorités ou des individualités agissantes avec la
complicité, souvent passive, des peuples ? Que toutes les société sont
régies par des structures hiérarchiques verrouillées par des critères élitistes
?
LA QUËTE DE VERITE
C’est le goût de la vérité qui se doit d’apparaitre comme
l’épicentre de toute recherche. Même si cette exigence est exprimée de manière
violente et outrancière, elle est le sens même de la vie pour ces pèlerins de
l’absolu, un horizon vers lequel ils tendent obstinément.
Reconnaissons que toute quête réelle de l’absolu entraine
fatalement ses auteurs du coté d’une certaine lucidité désespérée et qu’une
telle attitude a peu de chances de rencontrer un écho favorable auprès de
l’intelligentsia contemporaine. L’ échec de l’absolu anarcho-droitiste et
le discrédit dont souffrent ses représentants en sont les conséquences.
Ils n’ont de cesse de déclamer l’ère de décadence dans laquelle
nous avançons. Cette constatation lucide les invite à dénoncer le système qui
permet la dissimulation de cet état de fait. Elle les conduit aussi à bien
souvent flirter sinon avec la dépression, au moins avec le pessimisme. Ils
n’attendent guère d’évolution positive du processus de moyennisation de
l’individu, de l’égalitarisme ambiant, d’individus déboussolés par la
technique.
LES INTELLECTUELS
L’intellectuel est honni, faut dire qu’il en rajoute: bon élève,
prétentieux. La subtile course à la démolition de son arrogante bien-pensance
est une charge constante qui ne cesse d’alimenter la créativité de nos anars.
Il faut dire que les intellectuels ont le mal du réel.
L’hostilité des anarchistes de droite à l’encontre des écrivains, philosophes,
journalistes « mainstream » n’est pas seulement lié à des options
partisanes ; elle vise tout ce qui est d’obédience strictement théorique,
tous ceux qui font passer leur goût de l’hypothèse et de la métaphore avant le
sens de l’expérimentation et les dures leçons de faits.
Les anars de droite stigmatisent l’enfermement de certains
penseurs dans le monde des idées, dénoncent un entêtement doublé
d’impuissance. Sartre, un jour, a défini l’intellectuel comme quelqu’un
qui se mêle de ce qui ne le regarde pas.
Mais de même que les droits de l’homme, au nom desquels ces
ingérences devenaient des devoirs, ont progressivement servi à la gauche pour
camoufler la disparition de toute doctrine, de même ont-ils été utilisés par
l’intellectuel pour boucher le trou noir par où disparaissait sa pensée. C’est
à ce moment, et afin que la machine donne l’impression de continuer à tourner
en dépit de tout, que les intellectuels de l’intellecture se sont constitués en
milices de vigilance systématique, en armée des ombres de la Vertu, en donneurs
de leçons. L’intellectuel engagé s’est transformé en intellectuel enragé, mais
seulement enragé d’épurations édifiantes et de procès avantageux.
A son fondement, il y a le ressentiment à l’égard du mode de
reproduction à composante scolaire, à savoir la méritocratie républicaine qui a
permis la promotion d’élites auto alimentées. La croyance en l’école est
l’illusion sur laquelle repose l’erreur démocratique, à qui l’on doit
l’avènement de l’individualisme et de l’utilitarisme matérialiste. C’est pour
cette raison qu’ils aiment à se décrire self-made-man, en opposition avec les
autres.
Produire des idées ne suffit pas, sinon on reste dans la
spéculation gratuite ou les délices de l’imaginaire. Ce mouvement lutte contre
ceux qui privilégient le sens de la métaphore au détriment de
l’expérimentation, qui se bornent à exceller dans la culpabilisation.
http://www.wat.tv/video/qi-130-pierre-desproges-1reft_2gh7d_.html
La droite intellectuelle n’est nullement épargnée ; aucun
accommodement n’est de mise quand il s’agit de dénoncer le divorce entre la
pensée et la réalité. Qu’il suffise d’évoquer Pauwels: «La droite la plus bête
du monde », « Mauriac sous de Gaulle » qui valut un procès à
Jacques Laurent…
Les intellectuels cèdent aux
délices de l’imaginaire et aux vertiges existentiels tout en prétendant assumer
la responsabilité d’une hypothétique conscience universelle. « La fuite vers
l’abstrait est la lâcheté même de l’artiste » (Céline). Au fond il s’agit moins de convaincre le public que de le
discipliner. Les représentants du savoir acceptent qu’on pose les
questions à condition qu’ils fournissent les réponses.
Les anarchistes de droite, quitte à être empli du plus lourd des
pessimismes préfèrent chercher une autre réalité, souvent inconfortable, aux
errements et falsifications des intellectuels.
L’illusion
progressiste
L’anar de droite, s’il lui arrive de prendre conscience qu’il
l’est, s’empresse de l’oublier. La gauche, elle, a son blason de gueules et de
projets; il est établi qu’elle est le mouvement, l’avancée. Vers quoi ?
La première idée fausse qu’il leur paraît nécessaire de dissiper
c’est cette représentation que se font les démocrates du « sens de
l’histoire ». Cet ensemble de visions indémontables selon laquelle le
finalisme historique serait une réalité et l’émergence de la démocratie un
progrès décisif.
Nimier : « Les révolutions veulent changer le monde,
mais le monde ne les attend pas pour changer. Tant qu’il s’agit d’argent, de
réformes, on peut compter sur le cours de l’histoire. Les hommes ne savent que
précipiter les situations qu’ils n’ont pas crées. ».
L’occident vit une ère de décadence, on crie à la fin de
civilisation… On dissimule cet état de fait par des déclarations incessamment
grandiloquentes. Le changement c’est maintenant…
Impasse individuelle, cul-de-sac collectif, réalité de violence
et d’impuissance, l’univers contemporain traduit tous les paroxysmes négatifs
possibles en matière de choix moraux et politiques. Ils jugent les
intellectuels en grande partie responsables de cet état de choses, de la
facilité avec laquelle ces penseurs cultivent les utopies.
La bonté originelle de l’homme est le mythe contre lequel ils
s’insurgent. « Toute l’ignoble imposture de Jean Jacques : l’homme
est bon » (Céline). Les progressistes considéreraient bien l’homme
imparfait, mais souvent victime des circonstances, trop sensible aux
emballements collectifs, entêtés dans ses vices et dans ses erreurs.
Pour les anarchistes de droite l’homme est au fond animal et
instinctif. La fameuse devise d’Hobbes : l’homme est un loup pour l’homme
est une hymne qu’ils incarnent. L’homme ne peut prendre une dimension morale,
vraiment humaine, que s’il domine et sublime son animalité, sans se soumettre à
quelque consensus généralisé. Les intellectuels noient le poisson par des
procès d’intention, des bondieuseries grandiloquentes et une phraséologie
pseudo-savante.
Ce qui détermine la violence des attaques contre les
intellectuels, c’est moins leur irréalisme, que ce qu’ils jugent être une
lâcheté morale et politique, qui, répercutée par la médiasphère exerce une
influence qu’ils jugent néfaste sur l’opinion publique. Le summum de la rage
est de voir l’intellectuel pseudo gauchisant exercer le pouvoir, pire lui
donner des ordres. L’Anar de droite est avant tout tête brulée, il ne faut pas
le pousser bien loin pour lui faire avouer tout le mépris qu’il ressent devant
ceux qu’ils jugent embusqués intellectuels.
De
la perversion au terrorisme idéologique
Répétitifs dans leurs erreurs et vices, beaucoup d’intellectuels
n’analysent plus ; ils confessent en long et en large une foi
auto-proclamée de représentants de camp du Bien en vue d’obtenir un brevet de
perfection. La bataille qu’ils engagent ne vise plus à éclairer, elle a pour
objectif de disqualifier. Leur éthique pétris d’universalisme droit de
l’hommiste engagés pour la défense des opprimés, les expose à rester pour nos
anars un objet d’exécration constant.
Un tel comportement serait sans importance si ces intellectuels
se contentaient d’être des créateurs littéraire ou des bâtisseurs
philosophiques ; mais comme ils se mêlent de déterminer de nouvelles
orientations sociétales : leur confusion, irresponsabilité et de facto
immunité constituent un danger qu’ils ne manquent pas de dénoncer. L’intellectuel
se distingue du savant et du poète en ce qu’il est compulsivement animé d’un
projet d’influence. Ce quémandeur d ’espace médiatique est poussé à
parasiter pour exister. Je vous invite à davantage regarder la télé.
Les médias se sont sanctuarisés en se normalisant. Ils se sont
rangés. Les « moi »ont perdu, mais le « nous »a gagné. Il
s’émancipe et nous enchaine. La majorité est l’agent purificateur. Le sondage
l’a dit, le camp du oui a gagné. Le progrès est acté.
L’homme est au fond animal et instinctif. Ne peut prendre une
dimension morale vraiment humaine que s’il domine, sublime, renie son animalité
et ne se soumet jamais au consensus général et à la médiocrité. L’homme ne peut
jouir que des droits que lui confèrent ses propres qualités. Chez ces anars les
droits semblent devoir passer après les devoirs. l’Anar dénonce, accuse
pour mieux exister.
Notre anarchiste garde une mentalité tête brulé, il ne faut pas
trop le pousser pour lui faire avouer tout le mépris qu’il porte à ces
embusqués intellectuellement illégitimes, moralement nuisibles.
L’homme moderne, rassemble tous les maux. L’homme moderne
« peut en même temps vouloir la liberté intégrale et exiger sans cesse de
nouvelles lois répressives et de nouveaux carnavals de repentance. Comme le
chrétien se prépare à la mort, le moderne se prépare à la retraite »
Muray.
Intellectuellement illégitimes, moralement nuisibles; non
seulement les intellectuels ne remplissent pas leur rôle de guides, mais aussi
pourrissent les fondements naturels et culturels de la société. Ils cèdent aux
délices de l’imaginaire et aux vertiges existentiels tout en prétendant assumer
la responsabilité d’une hypothétique conscience universelle. Leurs prises de
position ressemblent trop souvent à des tentatives désespérés de prendre le
train en marche en s’efforçant de faire croire qu’ils sont eux mêmes les
locomotives. Les médias ont en grande partie perdu leur pouvoir de faire
l’opinion. Ils en conservent un autre, tout aussi redoutable, qui est celui
d’édicter des normes, de fixer le cadre de ce qui est acceptable et de ce qui
ne l’est pas. Au fond il s’agit moins de convaincre le public que de le
discipliner.
« La ligue des droits de l’homme est très inquiète. Elle
demande tous les jours avec angoisse si on en fusille assez» (Anouilh).
Céline n’a pas plus de considération pour les prolétaires,
« ce sont des bourgeois qui ont échoué ».
Quant à Frédéric Dard, il laisse au moins San Antonio donner un
coup de chapeau aux idéalistes: « La grandeur de la gauche, c’est de
vouloir sauver les médiocres ; sa faiblesse, c’est qu’il y en a
trop ! » mais écrit aussi que « le pauvre con subit et admire le
sale con. C’est lui le peuple ! »
Il ne faudrait pas se méprendre sur son agressivité vis à vis
des lâches ; on ne nous propose pas un couple courage-lacheté mais
dominateur-dominé. Le con se reconnaît d’abord à ce qu’il se laisse manipuler.
Cette tétanie de cons, stupides sous l’agression serait susceptible de
renversement si d’aventure ils daignaient se réveiller. En même temps la foule
est moins dangereuse dans ses aversions que dans sa versatilité.
Il semblerait que des traces de cet état d’esprit subsistent, et
que des avatars surgissent encore aujourd’hui, pas forcément reconnus comme
dignes de succéder à leurs brillants prédécesseurs..Finalement vous devriez en
réchapper. Pas indemne, certes… Oui, vous risquez d’avoir perdu quelque chose
en route. Votre insouciance… votre naïveté. Et le pire, c’est que vous
recommencerez. Nous espérons qu’il vous tarde désormais d’explorer
les tréfonds de cette douce candeur qu’on vous a arraché.
Bibliographie-
François Richard, L’anarchisme de droite dans la littérature contemporaine, 1988.
François Richard, Les anarchistes de droite, Que sais-je ?, 1997.
Jacqueline Morand, Les idées politiques de Louis-Ferdinand Céline, 1972.
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932.
Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, 1937.
Charles Bukowski, Contes de la folie ordinaire, 1972.
Michel-Georges Micberth, Pardon de ne pas être mort le 15 août 1974, 1975.
Léon Bloy in Le Figaro, 19 avril 1884, « Les cadets du suffrage universel ».

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